Inventaire bio-bibliographique (présentation de manuscrits)

 

et pistes de recherche

pictogramme livre ouvert

par Patricia Izquierdo
(Communication de la journée d’études du 26 novembre 2008)

 

Je voudrais profiter de cette communication pour faire le point sur les ressources bio-bibliographiques dont nous disposons à l’heure actuelle à propos de Lucie Delarue-Mardrus.

Tout d’abord, je vais indiquer les principaux éléments de ce que j’ai appelé peut-être excessivement un inventaire biographique, en fait, c’est tout le matériel que j’utilise pour écrire actuellement une biographie littéraire critique de Lucie Delarue-Mardrus.

Puis je parlerai de sa bibliographie en donnant les titres d’ouvrages attribués mais non référencés dans la bibliographie habituelle que nous connaissons, et surtout je présenterai plusieurs manuscrits que Jean-Yves Labayle-Couhat, arrière petit-neveu de Lucie Delarue-Mardrus, a bien voulu me confier cette année.

Enfin, je ferai un bilan de ces éléments d’analyse et surtout je préciserai des pistes de recherche à privilégier, me semble-t-il.

INVENTAIRE BIOGRAPHIQUE

Nous pouvons distinguer cinq types de ressources biographiques:

Sources livresques, de et à propos de Lucie Delarue-Mardrus

 Articles de et sur Lucie Delarue-Mardrus

Correspondance, témoignages, enregistrements

Les sources livresques sont elles-mêmes variées. Je vais distinguer celles qui émanent de l’auteur elle-même, celles des biographes et enfin des critiques.

Livres de Lucie Delarue-Mardrus

Lucie a publié son autobiographie, des récits de voyages autobiographiques, des poèmes et des romans à forte teneur autobiographique. Pourtant, rien de tout cela ne permet de préciser assurément ni la chronologie ni même une appréhension certaine de sa vie, surtout pas son autobiographie.

En effet, Mes Mémoires publié chez Gallimard en 1938 est un livre à lire avec précaution. Ecrit entre 1936 et 1938, le récit s’arrête en octobre 1936 (postface p. 329) et relate l’enfance, la jeunesse et l’âge adulte de LDM jusqu’au moment où elle quitte Honfleur et part vivre en Mayenne, à Château-Gontier.
Je voudrais rapidement montrer combien la chronologie est incertaine1, voire malmenée. on constate un flou spatio-temporel qui caractérise ses souvenirs souvent désordonnés. De fait, l’auteur, qui a du mal à accepter de vieillir, utilise une stratégie discursive: elle esquive le temps qui passe (alors qu’elle l’exhibe avec amertume dans ses poèmes)

C’est d’autant plus surprenant que Lucie Delarue-Mardrus affirmait fréquemment qu’elle avait une mémoire infaillible. A chaque interview pendant l’écriture de son autobiographie2, elle insistait sur son étonnante mémoire :
« La nature m’a douée d’une mémoire surprenante. Mes premiers souvenirs sont antérieurs à ma deuxième année »3

La même année, en 1938, dans Les Nouvelles littéraires4 le critique Fernand Lot souligne sa « constante volonté d’être vraie et juste » et ajoute « Mais Lucie Delarue-Mardrus avait des choses difficiles à nous confier sur sa vie sentimentale. Elle les a écrites. Nul ne saurait s’en offusquer ».

Il fait alors pudiquement allusion aux attirances homosexuelles de la jeune femme. Six mois plus tôt, Lucie s’était entretenue avec le même journaliste, mais pour la revue Marianne5. Comme il lui demandait si elle progressait rapidement dans la rédaction de son autobiographie, elle avait répondu :
« Assez : j’ai atteint 1918. Non sans embarras. Vous vous doutez bien pourquoi. On ne peut pas se faire passer pour un saint auréolé, n’est-ce pas. Et l’on ne peut pas non plus tout dire… »

Elle prévient le lecteur dès l’incipit de novembre 1936 : « Je n’embellirai rien ». C’est en effet dans cet ouvrage que pour la première fois, elle révèle son âge véritable6, 62 ans en 1936.

Mais l’exactitude de la chronologie n’est pas la première qualité de cette autobiographie, loin s’en faut : les événements sont, groupés, je cite, en « archipel de souvenirs », « des îlots dans l’océan » (c’est le titre de son court avant-propos), en quatre parties sans titre, subdivisées en chapitres, également sans titre. Elle revendique cette construction négligée: « Des faits ? Des dates ? Plutôt des chocs, des charmes. En un mot, des battements de coeur ». Cela donne une structure particulière, voire avant-gardiste : une succession de flashs un peu comme Natalie Sarraute dans Enfance en1983 (sans le dialogisme). Le refus du temps s’explique: à l’origine de l’écriture, c’est bien la conscience du temps passé, je cite :

« Quand la vie qu’on a vécue n’a pas été quelconque, un moment vient, où, malgré soi, pour ainsi dire, on se voit forcé d’écrire ses mémoires. Ce moment arrive pour moi juste comme j’ai l’impression de commencer le tome troisième et dernier de mon existence ».
Elle s’explique p. 1867 :
« J’aurai vécu de mes rêves bien plus que de la vie, en dépit de tout ce que j’ai vu, dit et fait depuis soixante-trois ans [elle se vieillit cette fois !] que je suis sur terre. Longtemps je ne l’ai pas su. J’ai cru que j’étais une vivante véritable. Il faut parvenir au commencement de la finale pour comprendre qu’on est ou plutôt ce que l’on a été ».

Le récit met ainsi en exergue quelques instants-phare liés à une forte résonance affective, des « souvenir-éclair » comme elle les appelle (p. 9) ; de courts paragraphes commencent par « Un jour… » (p. 9) mais aucune date n’apparaît, ou par ces mots « Tableau parfaitement net dans ma mémoire » (p. 10). Un fil chronologique est néanmoins conservé, très serré au début, il se distend peu à peu. Après la naissance, défilent les quatre ans (p. 15), cinq ans (p. 23), elle avoue alors (p. 16) :
« J’essaie de suivre à peu près8 le fil (ou le film) des événements marquants de ma petite enfance tels qu’ils se sont déroulés pour moi »
Mais elle constate vite (p. 31) :
« Je n’ai fait qu’à peine effleurer les souvenirs de mon premier passé, sans même parvenir à l’évoquer tout à fait. Et déjà je me demande si ce n’est pas un sacrilège que de toucher à ces secrets là. La petite enfance…Que ce soit consciemment ou inconsciemment, je crois que, presque tous, nous passons le reste de notre vie à la regretter ».

A huit ans et demi, (p. 41) apparaissent les premiers souvenirs littéraires. Dix ans (p.48), douze ans (p. 60) « le commencement de l’âge ingrat ». « Treize ans » et l’admiration de Sarah Bernhardt (p. 64), seize ans (p. 70), « vingt ans » (p. 86). La troisième partie débute avec son mariage en 1900, à 26 ans. A partir de là, paradoxalement, les dates se raréfient et la chronologie est perturbée ; nous relevons des approximations « C’est vers 1902, si j’ai bonne mémoire » (p. 129) précise-t-elle, par exemple.

Puis nous quittons le fil chronologique pour une kyrielle d’instantanés (liés à des moments ou des personnages), des tableaux a-temporels qui surprennent, tant l’exigence de précision était auparavant affirmée. Lucie Delarue-Mardrus égrène alors les êtres qui l’ont marquée et les « forte[s] impression[s] » (p. 141) qu’ils lui causèrent. Puis ce furent les voyages… l’Afrique du Nord et l’aveu d’impuissance cette fois « Je suis incapable de situer l’année ou fut donnée, au théâtre romain de Carthage, ma pièce en vers, La Prêtresse de Tanit » (p. 154) ; pourtant, elle peut citer un extrait d’article de journal du lendemain. Un peu plus loin, elle avoue encore « je ne sais plus non plus comment et pourquoi, l’été venu, nous nous retrouvâmes » (p. 155). Plus l’époque relatée se rapproche du moment de l’écriture, plus la mémoire se brouille. C’est étrange… Pour pallier ces défaillances, l’autobiographe recourt alors à des cahiers, des journaux intimes datés avec précision, dont elle s’inspire ou même qu’elle recopie à plusieurs reprises. Ainsi, quelques dates clef apparaissent, entre parenthèses, (p. 173), celle des inondations de 1910, événement collectif qui traumatisa tous les parisiens, et celle des voyages de Lucie en Afrique du Nord et au Moyen Orient si médiatisés. Elle raconte de mémoire ses pérégrinations en Egypte, Syrie et Palestine  (p. 175)9; la guerre et son dévouement comme infirmière de la Croix rouge. A partir de là , la chronologie est plus suivie. Toujours est-il que c’est l’espace plus que le temps qui permet à Lucie Delarue-Mardrus de se repérer. Elle parle ainsi de « l’ère du quai Voltaire » (p. 210) lorsqu’elle déménage à Paris.

Deux explications expliquent cette imprécision flagrante: la glorification de l’enfance et la peur de vieillir. Nous trouvons cette glorification de la petite enfance dans plusieurs recueils de poésie10, jusqu’à la sanctification :
« Sur le seuil de l’âge de raison auquel j’arrive en suivant le fil de mes souvenirs, je salue l’âge des dents de lait qui fut pour moi le plus intense, fut le seul où, poète, je n’aurai vécu que de poésie. Je dirais volontiers : ‘Heureux le petit enfant qui meurt avant d’avoir commencé à vivre…’  Mais ne sommes-nous pas tous le tombeau de ce petit enfant disparu ? »  (p. 31)

Lucie Delarue-Mardrus est aussi l’auteur d’un essai paru en 1936 : Up to dateessai sur la jeunesse contemporaine11dans lequel, à 60 ans et malgré un regard parfois acide sur son époque et un misonéisme patent, elle encense la force de la jeunesse. Elle a également publié les Poèmes mignons pour les enfants12 et a souvent choisi des fillettes et des garçons (enfants ou adolescents) comme personnages principaux de ses nombreux romans. Pas moins d’une quinzaine13 raconte les aventures d’un enfant à commencer par Le roman des six petites filles14, largement autobiographique. L’auteur avoue à maintes reprises et à différents journalistes15 sa fascination pour les enfants et la connivence qu’elle partage avec eux.
En 1934, elle se confie à la revue Toute l’édition16 :
« Je pense depuis longtemps que la seule compagnie possible est celle des moins de douze ans, et je m’efforce toujours de percer leur immense mystère » Cet entretien coïncide avec la parution de deux romans Un cancre et L’âme aux trois visages pour lesquels elle reconnaît s’inspirer de sa propre vie :
« Vous demandez si ce sont mes souvenirs d’enfance ou l’observation des petits qui me guident quand j’écris pour eux ou à leur sujet ? C’est l’un et l’autre, voilà la vérité ».

Une fascination réciproque qu’elle exercera jusqu’à la fin de ses jours. Recluse à Château-Gontier, elle est entourée d’enfants qui l’appellent « Mamie » et qu’elle enchante par sa conversation et son habileté manuelle lorsqu’elle confectionne des objets et des jouets. Hélène Plat (p. 271) rapporte les propos étonnés de Jaqueline Cahour, l’une des héroïnes du Journal de 1940 dont je vais vous parler tout à l’heure, témoin de ces dernières années : « Chose curieuse, cette femme infirme et vieillissante, immobile dans sa petite chambre encombrée, reçoit surtout des jeunes ».

Lucie Delarue-Mardrus achève son autobiographie en octobre 1936 (voir page 329) au moment où elle quitte Honfleur, sa ville natale pour Château-Gonthier, en Mayenne. Ce déménagement constitue une rupture et, comme le précise Hélène Plat, sa nouvelle demeure est :
« La maison de sa vieillesse où elle entre avec ses rhumatismes et ses illusions mortes »17 
Le récit de vie s’arrête au seuil de cette maison, à la porte de la vieillesse. Il faut entrer dans les poèmes et surtout les écrits inédits pour connaître la suite, car la correspondance de Lucie Delarue-Mardrus est malheureusement très incomplète aujourd’hui.

« Ses poèmes qui sont toute l’épopée intime de sa vie » disait Natalie Barney18, à propos de LDM. Il est vrai que ses onze recueils permettent de reconstituer, grâce au paratexte (dates et lieux, dédicaces parfois citations) et aux nombreux déictiques, le fil de sa vie. Nous regrettons toutefois l’absence de préface ou d’avant-propos qui affineraient la contextualisation.

Je ne reviendrai pas sur Nos secrètes amours dont nous avons déjà parlé. La figure de proue, recueil de 1908, permet de suivre les multiples voyages en Afrique du Nord. Souffles de tempête, en 1918, parle de la guerre. A Maman exprime la douleur du décès maternel…

Chaque recueil, d’Occident (1901) à Temps présents(1939), est étroitement lié à la vie de l’auteur. Mais le filtre poétique de l’écriture et de l’émotion transforme, exacerbe ou passe sous silence. Ce n’est pas une donnée fiable non plus. Un exemple: l’importance de son mari dans sa poésie (Horizons 1904, premier chapitre « Tendresses ») correspond-elle à la réalité? Le féminisme que l’on perçoit dans certains poèmes « Litanies féminines » dans Occident n’a jamais eu d’incidence dans sa vie réelle. Contradictions. Nous savons bien sûr la fonction cathartique de l’écriture ou du moins ses vertus compensatoires. Plus subtilement, la mélancolie, voire la déliquescence récurrentes dans ses poèmes, cadre mal avec l’énergie et la détermination, la gaieté qui la caractérisaient dans la vie. Nous savons que LDM a subi très tôt la pression, conjugale d’abord, médiatique ensuite, elle ne pouvait écrire ce qu’elle voulait ni se livrer toute entière dans ses textes. Sept recueils sur 11 ont été publiés entre 1901 et 1918. Comme toutes ses consoeurs d’alors, un horizon d’écriture modelait ses choix thématiques et stylistiques.

Par conséquent, sa poésie est aussi à lire avec prudence.

Les romans à dimension autobiographique abondent dans son oeuvre: Le roman des six petites filles (son enfance),Graine au vent, L’ex-voto (enfance en Normandie à Honfleur), L’Ange et les pervers (relation avec Natalie Barney et Renée Vivien), Une femme mûre et l’amour(relation avec Germaine de Castro), j’ai déjà cité Un cancreet l’Ame aux trois visages. On peut également trouver des parallèles dans La Monnaie de singe (adolescente, Afrique du Nord), Un roman civil en 14 (Croix rouge, guerre, Normandie), Chêneviel (fin de l’avant-propos) et Rédalga (Germaine de Castro= Torie rappelle Redalga la douloureuse19). Le fil biographique est plus ou moins flagrant, parfois même discutable. Il n’est en aucun cas indubitable. Et là encore les droits de la fiction, sa liberté et les exigences d’une trame narrative empêchent de prendre les allusions biographique pour argent comptant. C’est aussi de la monnaie de singe!

Les récits de voyage aux U.S.A: Passions AméricainesLe Far West d’aujourd’hui et sa suite L’Amérique chez elle(p.21), et en afrique El Arab semblent plus proches de la réalité. Toutefois, la dimension documentaire est parfois enjolivée d’une création narrative. Par exemple, Passions Américaines narre avec brio des relations passionnelles très romancées dans divers Etats unis d’Amérique. Après un préambule digne d’un documentaire « J’ai vu… », le lecteur découvre des saynètes parfois saisissantes avec des personnages bien campés et de nombreux rebondissements. La recherche de l’effet est patente. C’est flagrant pour la nouvelle intitulée « Le coin des amours » qui raconte la destinée de Mabel Colraught, amoureuse déçue qui s’exile dans un coin perdu des Etats-Unis au Nouveau Mexique. C’est l’occasion de décrire les paysages désertiques et montagneux et d’approcher les mentalités rudes des hommes du coin.

Dimension narrative et littéraire évidente. Ce n’est pas un récit de voyages. A propos de cet ouvrage, Leo Larguier appelle LDM une « magicienne »20.

Les écrits de LDM sont tous à mettre à distance, surtout, paradoxalement, son autobiographie. Et ses biographes, comment ont-ils fait?

Livres des biographes

Il existe à l’heure actuelle quatre biographies de Lucie Delarue-Mardrus et quelques essais (celui de M. Spalikowski et le dernier de 2006, une plaquette « Un regard vers le Sud ») et des conférences (souvent des hommages de circonstance). La première biographie, dans la collection « Les célébrités d’aujourd’hui », de Sirieyx de Villers, date de 1923; ensuite celle de Myriam Harry, Mon amie Lucie Delarue-Mardrus (1946) illustrée de photographies et dessins rares, celle d’Hélène Plat Lucie Delarue Mardrus (1994), et la dernière, d’André Albert-Sorel Lucie Delarue-Mardrus, sirène de l’estuaire née-native de Honfleur, 1999.

Aucune de ces biographies ne se ressemble et leur lecture est tout à fait complémentaire.

   La première est une analyse de l’oeuvre artistique et littéraire divisée par domaines et genres littéraires: « A Honfleur, la légende »; « la femme, l’artiste »; « la poétesse »; « la romancière »; et « l’auteur dramatique ». Suivent un florilège d’opinions et une bibliographie très complète. La distinction générique claire et à la mode à l’époque nuit à une appréhension transversale qui me semble plus judicieuse aujourd’hui. Lucie Delarue-Mardrus est une femme artiste complète et des échos sont à créer entre les différents genres littéraires et même les différents arts qu’elle a pratiqués, notamment la poésie et la musique, le roman et la poésie. Le roman et le scénario. Le théâtre et le roman.

Le témoignage de Myriam Harry, l’amie de longue date, est bien sûr précieux mais subjectif. La place de Germaine de Castro qu’elle n’aimait pas, par exemple, est largement minimisée.

Le travail d’Hélène Plat est le premier d’une telle envergure, mais la source principale reste l’autobiographie de Lucie Delarue-Mardrus, sujette à controverses.

Enfin, la réflexion poétique et hagiographique de Mr André Albert-Sorel, charmant homme qui adore Lucie Delarue-Mardrus, offre des pistes de réflexion intéressantes mais se veut plutôt, je cite, « un aide-mémoire concis » (avant-propos) pour ne pas faire double emploi avec l’ouvrage d’Hélène Plat.

Ainsi, ces quatre ouvrages indispensables posent autant de questions qu’ils apportent de réponses…

2. Articles

C’est aussi le cas des nombreux articles recensés, de ou sur Lucie Delarue-Mardrus de 1900 à aujourd’hui. Les bibliothèques (la BNF, Tolbiac, Arsenal, Richelieu; et bib. Marguerite Durand avec deux énormes pochettes) en regorgent. Nous retrouvons souvent les mêmes et nous constatons des contradictions entre les propos de LDM et ses oeuvres, ce qui renforce la complexité du personnage, par rapport au féminisme notamment21 et à sa propre conception de son oeuvre littéraire. Tantôt elle se dit avant tout poète, tantôt dramaturge. Les grands entretiens attirent plus particulièrement notre attention avec Frédéric Lefèvre dans Les nouvelles littéraires du 21 avril 1934 avec deux photographies où l’on découvre son intérieur et sa vie quai Voltaire, avec Roger Giron dans Paris Soir le 24 mars 1938 où elle s’amuse de ce que l’anagramme dont elle a baptisé sa maison en Mayenne intrigue beaucoup les autochtones « Gerthélie ». Elle se plaît à ne pas se révéler complètement…

  • Les critiques

D’où l’importance du travail précieux des chercheurs, Mélanie Collado, les auteurs des articles du n° spécial de la revue Inverses, Anne-Marie van Bockstaele, Mirande Lucien et la réédition de Nos secrètes amours, celle de La prêtresse de Tanit aussi (truffée d’erreurs), de Poèmes mignons pour les enfants, le travail de Christian de Vaublanc et Patrick Dubuis; l’essai à venir de Christophe Dauphin (fin 2009-début 2010) augmenté d’une iconographie et d’un florilège en prose et poésie, le tout atteignant 280 pages; toutes ces énergies qui, grâce à leurs analyses permettent d’amoindrir, peu à peu, les zones d’ombre qui enveloppent encore Lucie Delarue-Mardrus, la thèse d’Anne-Marie bien évidemment. Il existe également un mémoire de maîtrise de Jean-François Côté22déposé à l’Université York de Toronto en avril 1999: Lucie Delarue-Mardrus femme de lettres oubliée, (j’en ai une copie) et une biographie inédite de Catherine Auger intitulée La petite princesse Normande, Lucie Delarue-Mardrus dont j’ai également une copie avec l’accord de l’auteur.

Le travail sur l’oeuvre littéraire est toutefois sur-représenté jusqu’à présent, mais les pistes abordées sont variées comme le prouvent les communications d’aujourd’hui: critique, thématique, génétique, bibliographique et biographique. Remettre l’oeuvre dans son contexte historique et littéraire permettrait d’en saisir encore davantage l’originalité et la force.

Il reste que les témoignages de première main sont rares, d’où l’importance des trois dernières sources: la correspondance, les témoignages et les enregistrements.

  • Correspondance, témoignages et enregistrements

La correspondance de Lucie Delarue-Mardrus est en grande partie disparue. Parfois volontairement, nous le savons et pour des raisons souvent liées à l’orientation sexuelle de Lucie. En outre, certains descendants, souvent pour les mêmes raisons, en occultent une partie. Les admirateurs de Lucie admettent aussi difficilement les écrits intimes désespérés de la fin de sa vie…

Ces obstacles montrent la difficulté encore actuelle d’accepter de ternir l’image glorieuse de la « Princesse Amande » ou de s’aventurer trop avant dans sa vie sentimentale et sexuelle. Il faut vaincre ces préjugés à chaque interview aussi. D’autant que les personnes l’ayant connue sont souvent très âgées et ne partagent pas forcément l’évolution des mentalités que l’on peut constater aujourd’hui. La litote, voire le mensonge me sont imposés sous peine de rétention d’informations. En 2008, c’est étonnant. La lesbophobie a encore beaucoup d’adeptes.

  Pour illustrer le premier point, la difficulté à accepter le vieillissement de l’idole, je voudrais vous présenter un manuscrit inédit: le journal intime de l’année 1940.

La couverture de ce cahier d’école rose relié noir à gros carreaux avec une ligne de marge bleue porte les dates suivantes: 17 octobre à 1er janvier 1941. Il s’agit donc du dernier trimestre de 1940. La tranche porte les indications XI ou VI 40. Onzième ou plus vraisemblablement 6è cahier de l’année 1940. Quand on sait que LDM tenait ses cahiers depuis au moins 1910, (elle en parle dans ses Mémoires p. 173) mais plus vraisemblablement depuis 1900, cela laisse deviner (à condition que la fréquence soit constante) l’existence de 240 cahiers entre 1900 et 1940. Où sont-ils? Ce serait une source essentielle (dates précises)…

Ce cahier contient en outre « Quelques pages écrites en langue arabe signées faites à Château-Gontier en 1940 » (précision manuscrite. On voit tout de suite que LDM classait chronologiquement ses écrits, aussi variés fussent-ils. Est adjoint un article de journal de Jean Camp intitulé « Le dernier logis de Lucie Delarue-Mardrus » paru semble-t-il (la précision manuscrite est coupée au ciseau mais nous avons retrouvé la référence) dans les Lettres françaises du 16 juin 1945: Jean Camp « Le dernier logis de LDM ». Château Gontier. Description: « 108 grande Rue, un haut portail une courette toute petite maison. Ds la cour, un beau palmier, des fleurs, d bêtes familières qu’elle aimait. « Un seuil en contrebas: deux pièces minuscules formant studio ». « Un escalier de poupée conduit au 1er étage. Une tenture rouge cache le fond d’une chambre. Tirée, elle découvre les deux petites salles où LDM a passé six ans de sa vie et dont elle n’est pas sortie pendant les 24 derniers mois ». Elle appelait ses mains des « pinces ». Il rapporte les confidences de ses amies. « Les Allemands sont venus ici, martelant de leurs bottes le petit escalier de bois, la poétesse leur a tenu tête. Ils n’ont plus osé revenir. ». La présence de cet article post mortem prouve qu’une main bienveillante archivait les articles qui paraissaient à son propos.

Le journal intime inédit manuscrit proprement dit commence par une indication spatio- temporelle: « Jeudi 17 octobre 1940 (108 grande Rue) » à Château-Gontier bien évidemment. Il est paginé (1 à 140). L’écriture est tremblante, parfois minuscule et tordue; celle d’une femme de 66 ans percluse de rhumatismes de plus en plus douloureux au fil des pages. Lucie utilisait, semble-t-il, une plume et de l’encre noire (nous lisons un seul court passage au crayon, p. 100). L’écriture est fine et belle, parfois peu lisible, d’autant qu’elle n’hésite pas à écrire sous les lignes. On relève quelques ratures et quelques taches.

Le fil est chronologique, chaque date indiquée en début de partie, entourée ou non, est séparée de ce qui précède par un trait ondulé à main levée qui peut également séparer différents moments d’une même journée.

La fréquence des écritures est élevée, presque quotidienne. C’est véritablement un journal. Qui plus est un journal intime car il relate des événements et des états d’âme qu’elle n’ose dévoiler à son entourage (56): neurasthénie, malaise, pleurs. Nous sentons la dépression d’une femme de lettres oubliée qui se sent abandonnée par les siens. Elle dresse une sorte de synthèse p. 82-3:

« Ecrire dans ces cahiers que je déchirerai sans doute avant de mourir me donne l’impression de retrouver quelqu’un avec qui tout dire de mon amertume sans risquer de faire de la peine ou de vexer. Dernier refuge du délaissement total et subit où m’ont laissée à la fois la littérature, Berthe, Schmit, la petite Cahour, juste au moment où ma vie changeait encore une fois. Ainsi lâchée, et mal reçue par Germaine puis devant subir les colères et aigreurs de la maison qui n’est pas la mienne, j’en arrive à me sentir finie et bien finie, moi qui étais une puissance intellectuelle, une énergie mentale à toute épreuve ».

Elle dresse à la fin un bilan de cette année 1940 (pp. 136-140) : la guerre désastreuse, la France détruite, sa carrière littéraire achevée, le désir de partir de Château-Gontier, et le souhait de mourir…

« 1940 a commencé, dès le 2 janvier, par la dépêche annonçant la mort de Charlotte. Et puis, en mai, tous les mensonges de la radio, la terreur montante, et puis la déroute, et puis la panique, et puis l’effondrement final. / Je ne puis y croire encore, du reste. La France n’est pas effondrée en moi, qui la garde telle qu’elle était avant. / Maintenant, c’est la famine qui grimace au loin. Et quoi encore? On peut s’attendre à tout (souligné de deux traits appuyés à main levée). Du chaos dans lequel nous sommes, quand sortirons-nous? / La crise de vertu du gouvernement Petain [sic] ne 137 nous montre jusqu’à présent qu’une exacerbation de la marée d’horreur qui nous a menée, en 25 ans, où nous sommes. Les Français, affamés, se bouffent le nez, plus que jamais. Les bas appétits grouillent comme une vermine. Le glas a sonné sur la pensée, l’art, la poésie. Les cabots triomphent partout, les putains font des affaires. L’abcès crevé lâche son pus à gros bouillons./ A quand la cautérisation? / Et, là-haut, es avions. La guerre n’est pas finie. Elle semble sans issue. La haine féroce règne et se promène au dessus des capitales. Les petites villes même ne sont pas des asiles de tout repos. La ruine, 138 le chômage et le fisc achèvent la démoralisation du pays. / Quelle année le destin va-t-il fabriquer avec tout ça? / Pour moi, désintéressée de mon sort littéraire, je regarde les 60 bouquins que j’ai écrits, et je me dis que ma carrière a le droit d’être terminée- en même temps que ma jeunesse et ma force physique. Ce n’est pas si mal, après tout. / J’aurais encore le goût d’être altruiste, d’aider de jeunes êtres en route pour la poésie et la prose, même de jeunes êtres en route pour la vie, tout simplement. (J’entends de jeunes êtres 139 intéressants). / Il ne me reste, en somme, qu’à mourir, à l’âge que j’ai. C’est bien. C’est dans l’ordre. Aucune révolte, maintenant. / Je voudrais seulement avoir de quoi vivre décemment sans cette angoisse devant l’argent qui diminue. J’accepte mes douleurs, pourvu qu’elles s’en tiennent là, j’accpete toutes les soustractions (musique, voyages, équitation etc…) Je voudrais ne pas finir dans la sordidité, c’est tout. / Château-Gontier: Halte. Salle d’attente. Je n’envisage certes pas d’y finir mes jours./ Où irai-je, après ce stade? Je n’en sais rien. 140 La Normandie? La Tunisie? Paris? Trou noir devant moi. / Je suis la passagère qui attend l’arrivée au port, le port final… qui sera peut-être l’hospice. / A Dieu vat! / Année 1941, je te salue, je te redoute, et tu m’intéresses. Mais, si je ne dois pas voir ta fin, je dirai plutôt merci! (trait ondulé final en dessous) ».

Quelques remarques sur ce journal:

  • C’est l’envers du décor que nous découvrons propos de Lucie quand vient une visiteuse qui croit que c’est toujours comme ça: musique concert et qui s’exclame « Oh la belle vie! ») On est loin de la princesse Amande adulée, Lucie est amère…

  • Renseignements précieux sur sa carrière littéraire en fin de parcours pour plusieurs raisons: la guerre, la censure, le fait qu’on ne publie plus de poèmes. Toutefois sa carrière se poursuit: elle écrit beaucoup, des poèmes surtout très régulièrement, des nouvelles Amélie et les désséchés, des contesJeu de mots, et des romans La sonate interrompueet A moins cinq. Où sont ces oeuvres, manuscrites ou dactylographiées? A château-Gontier? Vendues? Disparues?

  • Renseignements sur sa santé physique et morale peu brillante: « neurasthénie » elle le dit elle même, « pas heureuse » (indépendante enfermée et condamnée à une promiscuité malsaine avec un trio en désaccord permanent), sentiment d’abandon chronique (pleurs fréquents voire crises de sanglot), maladie (rhumatismes, entérite), ennui (joue aux échecs, au Diamino, fait du piano, dort pour passer le tps, détails poignants). HUMANITE et sincérité touchantes.

  • Personnage de Germaine très ambivalent (s’améliore au fil des pages)

  • Vision de l’Histoire, de la guerre: position ambiguë d’une vieille femme terrorisée par la guerre / Pétain/ les allemands, déteste Laval et les antisémites.

  • Omissions ou silences: ce qui n’est pas dit: Germaine juive, sa relation avec elle

  • Soin apporté à l’écriture de ce journal: relecture (ajouts), variété de styles, datation précise.

Ce journal est un document de première main, sans fard, qui contredit la fascination qui ressort lors des entretiens..

En effet, un deuxième écueil surgit lors des entretiens: la mythographie. Lucie Delarue-Mardrus apparaît rarement telle qu’elle devait être. Nimbée d’une aura sulfureuse, les personnes l’ayant rencontrée sont encore littéralement sous le charme, et leur appréhension est, de ce fait, faussée. J’ai encore plusieurs personnes à interroger mais souvent, il ressort de ces discussions un accroissement du mystère et du magnétisme qui semblaient émaner de Lucie Delarue-Mardrus. Une fascination étonnante plus de soixante ans après sa mort. Les deux éléments les plus marquants reviennent invariablement: son regard noir profond perçant, que l’on peut encore constater sur certaines photographies, et sa voix rauque, étonnante pour une femme. Les rares enregistrements que l’on peut écouter, à la BNF notamment, lorsqu’elle lit « L’odeur de mon pays » ou « Ma maison » sont, certes, particuliers mais ne permettent pas, je pense, de se rendre compte du timbre particulier de sa voix.

Ainsi, quelques réponses mais bcp de questions persistent malgré toutes ces pistes de recherche. D’autres témoignages suivront, d’autres écrits intimes inédits pour préciser et surtout démythifier le parcours et la personnalité de cette femme. L’oeuvre, déjà abondante, est largement incomplète (une partie importante de manuscrits vient d’être retrouvée).

  • INVENTAIRE BIBLIOGRAPHIQUE

  1. Point sur la bibliographie communément admise

Que ce soit sur les sites officiels ( BNF) ou dans les oeuvres publiées, nous retrouvons presque invariablement (parfois avec des coquilles dans certains catalogues même électroniques) les mêmes ouvrages.

Toutefois, il existe d’autres ouvrages et articles dont l’auteur est indiscutablement Lucie Delarue-Mardrus que l’on ne trouve que difficilement. En voici quelques titres:

  • Thoborg reine des mers, pièce de théâtre, drame en 3 actes en vers non représenté en 1932 (article BMD non référencé, pochette bleue)

  • Livre clandestin belge L’épée du roi paru en 1914 (8 p. in 16)

  • De multiples préfaces, collaborations à des ouvrages collectifs sur la Normandie ou des livres de reproductions de peinture (j’ai commencé un travail d ‘analyse)

  • Les collaborations journalistiques très nombreuses relevées en 1932: Revue Blanche La Plume L’Ermitage Antée Occident Nouvelle Revue La Contemporaine Lisez-moi, Monde Moderne, Mercure de France, La Revue (ancienne Revue des revues, L’Archer, Lisons, Femina, La Vie heureuse, Annales, Revue de Paris, Revue des deux mondes, Revue hebdomadaire, La Vie, La vie à la campagne, Censeur, Tourisme moderne, L’Illustration, Gaulois, France-Islam, Gil Blas, Temps, Journal, Matin, Renaissance, La Mouette, Demain, Candide.

  • Des manuscrits (Bifi…)

  1. Manuscrits recensés

Sites principaux (depuis Catalogue collectif de France manuscrits site BNF):

  • Paris:

  • BNF ( dépt manuscrits: lettre à E. Zola, Jehan Rictus, Léon Lemonnier MM. Porto Riche Marie Curie, Paul Valéry (avec réponse), René Boylesve, Robert de Montesquiou (très nombreuses) + Carte de Montesquiou à LDM; +NAF (nouvelles acquisitions françaises): « Causerie chez Aurel »; « Aurel et le martyre des écrivains de foi » (article), « Aurel et le procès des mondaines » (Richelieu, dpt manuscrits) également département de la musique (3 lettres à Emile Ganche que j’ai retranscrites), du Louvre, de l’Opéra Garnier, des Arts du spectacle (comédie radiophonique L’Ex-voto en 4 actes et 13 tableaux, documents dactylographiés) et des Livres rares. A l’Arsenal, 2 lettres de LDM à Lucien Descaves 1932.

  • Bibliothèque littéraire Jacques Doucet: carte postale et lettre à Jean Schlumberger du Caire en 1910 et 1935; poèmes correspondance NCB: 71 lettres et 3 cartes 1903-1942; manuscrit Nos secrètes amours; poème « Cheveux coupés » et « L’amante marine », « Lendemain », « Nuit », « Lutte », « Nonoche… et Nounette » (recueil de dix poèmes), « Les belles perdrix », lettre à Karl Boès de 1902, à André Rouveyre de 1907, lettres à René Béhaine, 10 lettres à André Gide (1902-1937), 5 lettres à Rachilde dont 4 de 1901 et 1 de1920; à Robert d’Humières, lettre à Manuel de Falla et réponse en 1920.

  • BMD: Témoignage sur femmes et journalisme, 1 lettre de Colette à LDM + 4 lettres à M. Durand 1922-30, 4 lettres à Yvonne Netter (avocate féministe) 1929-34; 7 lettres et 1 carte à Harlor.

  • Centre historique des archives nationales.

  • Bifi (51 rue de Bercy): 3 dossiers d’archives / projets de films (La petite fille comme ça, synopsis,L’ange et les pervers (continuité dialoguée) et La monnaie de singe (synopsis) avec affiches, photos de tournage, de plateaux et photogrammes pour d’autres films Le diable au coeur (adaptation deL’ex-voto), Graine au vent (découpage technique). Mention d’un autre film Chair ardente de René Plaissety en 1932. Egalement selon Eva Doucet, film italien L’Istitutrice di sei bambine de Mario Bonnard (Italie, 1920) avec Paola Boetschy, Elsa d’Auromimi, Fernando Ribacchi. A partir du Roman des six petites filles? 7 films adaptés en tout.

  • Office universitaire socialiste (lettre à André Lebey 1927) Paris.

  • Institut de France: Lettre à Marie de Hérédia + 5 lettres à ADN + 35 lettres à Henri de Régnier.

  • Province:

  • Avignon (BM): Manuscrit de Sapho désespérée.

  • Fonds Normand BM Rouen : « Un petit polyglotte, autographes et lettre à René-Gustave Nobécourt, pièce en vers donnée au théâtre française de Rouen 1920.

  • BM Caen.

  • Château-Gontier (bib. Districal): oeuvres 1939-40 et lettre de LDM à la bib., À Mr Madelaine, 3 lettres à des destinataires inconnus.

  • Coutances (BM): lettre à Joseph Quesnel.

  • Honfleur?

  • archives départementales de Chambéry:1 lettre à Henry Bordeaux (1927)

  • St Sauveur en Puisaye, Musée Colette : 2 lettres à Colette

  • BM Périgueux: 4 lettres à George de Peyrebrune 1911-12 (Nelly)

  • BM de Troyes: 8 lettres et une carte à Jean Nesmy.

  • archives dép. de Valence :lettre à Le Cardonnel 1939.

  • Grenoble (BM): correspondance. de Henri Dérieux

  • Nancy: 8 lettres à Robert Honnert

  • Association Francis Jammes: lettre de 1902. Correspondance de LDM à Jehanne d’Orliac

  • TOURS archives départementales.

  • Clermont-Ferrand: centre doc/ciné: 2 lettres à Henri Pourrat.

Lettres et manuscrits éparpillés dans toute la France. 2 pôles majeurs: Paris et la Normandie.

  1. Nous savons que les inédits de Lucie Delarue-Mardrus abondent. Myriam Harry précise que son amie avait inventé une expression « Les éditions Dutiroir » pour mentionner tous ces textes (surtout de la poésie à l’en croire) qu’elle ne parvenait plus à éditer après la première guerre mondiale. Il est vrai que Lucie, qui se voulait avant tout « poétesse », a plus été reconnue comme romancière. La lecture de sonJournal de 1940 prouve qu’elle écrivait encore beaucoup à 66 ans, et qu’elle ne pouvait s’en passer, poèmes, contes, nouvelles, romans. Elle avait des commandes et les honorait. Il fallait bien gagner de l’argent.

    Voici ce qu’elle confiait à un journaliste, Pierre Barlatier, dans un article intitulé « Avant Thoborge reine des mers, 5 mn avec Mme Lucie Delarue-Mardrus » mais sans date (années 32-35 ◄ allusion au music-hall: début de sa collaboration avec Germaine de Castro?).

    « Je me sens avant tout auteur dramatique nous a dit Mme Lucie Delarue-Mardrus, mais je n’ai encore eu que deux pièces jouées: Sapho désespérée au théâtre d’Orange et La princesse de Tanit au théâtre de Carthage avec pour toutes deux Jeanne Delvair dans le principal rôle. Mais une autre oeuvre d’un genre très différent, une pièce gaie, celle-là, est actuellement en lecture à l’Odéon: La rime et la raison, et j’ai dans mes tiroirs deux autres comédies genre Palais Royal: La peauQui qu’y touche, et deux drames: La dame de coeur etChacun son métier, sans compter plusieurs sketchs pour le music-hall, et je ne sais combien de scénarios de films ».

    Que sont devenues toutes ces oeuvres?

De nombreux cahiers existent, notamment de poésies autour de sa vingtième année et des carnets intimes (notes, anagrammes) que je vais vous présenter maintenant.

D’abord, une pièce de théâtre complètement inédite et même jamais citée, Le diable amoureux, farce en un acte (dix scènes) et en vers (alexandrins à rimes plates) signée « Lucie Delarue Améthys ». Lucie l’a écrite avant son mariage en 1897-1898 à l’âge de 23-24 ans. Nous avons cinq personnages: Balbus, un homme d’affaires, usurier, Tampon (vieil ami de Balbus), Silvio, Frimousse, fille de Balbus, et une servante. La didascalie initiale plante le décor: une salle à manger, la table préparée comme pour un lunch (fruits, vins, glaces…), mais c’est le soir. Il est précisé « costumes de fantaisie ».

Balbus discute avec Tampon, mais il est interrompu sans cesse par la sonette: Lord Gron, le comte Hans de Calembredaine qui se décommandent. Rageur, il s’énerve contre Tampon, qui s’empiffre.

Comique de répétition et d’exagération. Scène 2: Intertextualité grotesque et réécriture de la suite: « Oh rage! O désespoir! O vieillesse ennemie!/ N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie/ Et me suis-je blanchi de calculs usuriers/ Pour voir en un seul jour cueillir tous mes poiriers »!

Balbus explique qu’il a organisé cette fête pour se faire de nouveaux clients et trouver un mari à sa fille Frimousse. Mélange de registres comique: pathétique, sublime et … grotesque. L’on pense à Musset,  On ne badine pas avec l’amour et à son personnage Bredaine.

Scène 3: Entre Frimousse que son père a demandée. Stychomitie comique. « Il leur arrive qu’ils n’arrivent pas »! Répétitions. Ils énumèrent tout ce qu’ils ont gâché pour cette fête qui n’aura pas lieu. Frimousse ne veut pas se marier, elle se trouve encore jeune, elle a vingt ans. Son père s’explique:

« Je mourrai donc bientôt… Mon âme est résignée

Mais je puis laisser ma fille sans abri

…Et c’est pourquoi je veux lui trouver un mari,

Un bon petit mari pour avoir bien soin d’elle

Lesté d’un gros magot au fond de l’escarcelle! »

Frimousse rétorque:

« Donnez-moi Silvio. C’est celui-là que j’aime »

Son père, outré, se déchaîne avec verve contre ce clerc, ce sans le sou, ce page, ce racleur d’aubades… C’est un poète chanteur…

Frimousse menace: « Je vais m’aller suicider tout à l’heure! »

Balbus répond: « Ah ma fille! Voilà qui te décoifferait! ». Refus du dramatique.

Argumentation: Frimousse refuse « quelque vieux richard laid comme une poire blète / Gros comme un muids (unité de mesure = 268 litres de vin ou 1872 l de matière sèche= barrique!) ou bien maigre comme un squelette ».

En vain…

Scène 4: Seule, Frimousse pleure (monologue très court).

Scène 5: Silvio survient et la console. Il est déguisé avec un costume de diable (masque, cornes dorées en tête, queue verte dans le dos). Scène comique (Balbus est derrière la porte)

Scène 6: Frimousse laisse son père seul. Silvio jaillit déguisé et terrorise le vieux. Il fait le compte de ce que Balbus a volé à ses clients mois par mois (dont Fortunio, Ascanio) et menace de l’emmener en Enfer « Prépare-toi donc à rôtir »! « Ou toi même… ou ta fille/ A minuit, je vous prends »… Balbus tergiverse pendant que Silvio se demande comment disparaître!

Scène VII: Tampon entre, il le bouscule et s’enfuit. Balbus, épouvanté, répète à qui mieux mieux « Mon Dieu, mon dieu!! » Sa fille l’imite et fait tourner Balbus qui dévore une glace comme une toupie. Frimousse esquisse des pas de danse. Balbus est déchiré, perdu. L’heure tourne, Frimousse annonce « Il est minuit, papa! ». Frimousse se retire dans sa chambre.

scène 8: elle attend Silvio et s’en réjouit, mais c’est Tampon qui frappe à la porte (a parte d’agacement). Il vient, ridicule, lui faire une déclaration d’amour, en se dandinant. Silvio claque trois fois des mains, c’est le signal de sa venue.(une page découpée). Tandis que Tampon, agenouillé devant Frimousse, lui débite des compliments, elle se lamente et a une idée: elle roule Balbus dans le placard et l’enferme à clef tandis que Silvio monte au balcon.

Jeu de mots sur Léthé et le thé qui montre l’inculture de Frimousse!!

a parte comique: comme Silvio a entendu du bruit dans l’armoire et que Frimousse refuse de lui expliquer, il imagine qu’il y a un rat: elle ajoute à part « Un rat? Il est de taille! ». Balbus survient. Elle fourre Silvio et son déguisement dans le placard aussi. Balbus entre en bonnet de nuit.

Scène 9. Balbus, hagard, entend du bruit dans l’armoire. Tampon en sort rouge suant, le masque à l’envers sur la figure, la queue verte enroulée autour du cou.

Scène 10. Stupeur de Balbus qui frappe Tampon et l’insulte. « Misérable! Pendard! », Frimousse aussi le frappe et l’insulte: « Imbécile! Idiot! Poussah! Magot! Muido?[? De muid?]! Outre! » Il l’accuse de vouloir compromettre sa fille, Tampon ne peut rien dire…Elle pleurniche que + personne ne voudra l’épouser. Tampon rétorque « Si, moi! » avalanche de coups et d’insultes « Mastodonte! Ogre! Fossile! ». Balbus, hors de lui, crie:

« Un gendre!…/ Un gendre! Un gendre! Un gendre! Et je m’en vais t’apprendre / Tout le cas que je fais de tes farces sans nom! / Car j’en jure ma tête, à l’instant, riche ou non, / Je lui donne ma fille! » Silvio sort et complète « Me voici! ». Balbus veut se rétracter, mais Silvio lui rappelle qu’il a juré et ajoute « Je connais tous les secrets du diable! ». Balbus se rend et Tampon se lamente… Silvio et Frimousse exultent et se moquent de lui, le rideau tombe sur Tampon défait. Précision des dates d’écriture 1897-1898.

Fantaisie légère, rythmée (danse, chant), très bonne connaissance du langage théâtral, des ressorts comiques. Influence de Musset et Molière. Précocité, mâitrise, culture et sens du comique.

Ensuite, présentation rapide de cahiers de poésies écrits autour de sa vingtième année (1895) superbement décorés de dessins de l’auteur.

Egalement des carnets et cahiers d’ébauches, d’idées, de notes.

Un cahier de notes. Même signature Lucie Delarue Améthys. Même époque. En exergue, Bacon « Learning is power » et une phrase en caractères grecs.

Ce cahier regroupe des prises de notes lors de conférences, de lectures et des réflexions dans un ordre chronologique mais avec des erreurs semble-t-il. Trouver un calendrier et, à l’aide des jours, rectifier si c’est 1900 ou 1901. Ce cahier est en partie contemporain de la pièce Le diable amoureux.

  • « Littérature dramatique de Saint Marc Girardin » séparée en chapitres « Du suicide », « De la paternité » (recueil d’aphorismes) mélancolie et suicide. Cite Goethe, Rousseau, Alfred de Vigny…).

  • Florilège de citations extraites de Hamlet.

  • Long développement sur Les Châtiments de V. Hugo, lu au séminaire Hugo (E. Millet) à Paris 7. Précocité et intelligence de l’analyse du 16 juin 1897 (24 ans)

  • « Art, moeurs, littérature et histoire grecque » « Les hétaïres » parallèle avec la « femme pot-au-feu » d’aujourd’hui! S’intéresse aux grandes figures de l’Antiquité: Phryné, Aspasie, Laïs, Thaïs…

  • Prise de notes lors d’une conférence de Mr Pottier de l’école du Louvre le mercredi 6 décembre 1900 « Tanagra ». Résumé bien rédigé et assorti de commentaires élogieux. Elles incarnent les premiers balbutiements de l’art grec, ce sont des statuettes trouvées lors des fouilles de Tanagra, ville de Béotie où se trouve le tombeau de Corinne.

  • Mercredi 13 (?) décembre (une semaine après?). Suite de la conf sur Tanagra. Avec projections.

  • 12 février: elle critique vivement la suite des conférences Tanagra, oiseuses et superflues, sur ces « ridicules masses de terre cuite »!

  • Le 14 plus intéressant, propos plus historique. Guerre de Troie…

  • 19 février 1900 (?): Cours de Mr Bailly, le jeudi au Musée social « Harmonie ». « Qu’est-ce que la musique? »

  • Tanagra, cours du 28 février. L’art phénicien au 10è siècle.

  • Harmonie 1er mars. Elle prend des notes en même temps, semble-t-il. Sur les sympathies des notes entre elles. « Résonance sympathique ». Avec une partition d’exercice.

  • 7 mars, Harmonie: la quinte.

  • 21 mars, Harmonie: genèse de la gamme.

  • 30 mars, Harmonie: les progressions dans la gamme.

  • Jeudi 12, Harmonie: méditer sur certains accords « que nous travaillerons ensuite ». Théorie et pratique.

  • Cours du 18 avril et du 25 réunis. Tjrs Harmonie.

Fleurs et feuilles séchées entre deux pages suivantes.

Enfin, deux cahiers entiers qui illustrent sa passion pour les anagrammes, à partir de son propre nom (« Muse armée, d’un cri d’âme lu » ou « Muse, ardeur cri d’âme lue » ou « Duc ailé sur la mer rude »… Ou celui de Anna de Noailles (des pages entières) (« Ame en toc. Odes. Lis la » « Lis, lac, son âme est d’Eole ») Germaine de Castro (« Garce, démon si taré » « Roc, et âme si grande! ») Valentine Ovize « O venin! évitez la »!… Coupures de journaux Le Cri de Paris qui relève les ana (grammes) de LDM (19 mars 1937 et 15 mars 1935).

Evidemment, pouvoir lire ces manuscrits est émouvant et précieux. Cela change la physionomie et de l’auteur et de son oeuvre. On se rend compte de l’importance de la langue Arabe déjà évoquée dans son autobiographie, quelques romans et essais, et sa maîtrise de l’écriture Arabe (elle écrit à son mari en Arabe et son Journal de 1940 présente quelques mots en arabe). On mesure mieux aussi l’étendue de ses talents,notamment dans le domaine théâtral largement ignoré par les maisons d’édition, et sa culture. C’est regrettable.

De nombreuses pistes de recherche naissent de ces lacunes.

  • PISTES DE RECHERCHE

  1. Développer l’analyse des oeuvres théâtrales, et de la poésie. S’intéresser aux tentatives trans-genres (roman/cinéma; roman/théâtre).
  2. A la BNF Richelieu (en partie en travaux pour une durée indéterminée), j’ai commencé à lire les très nombreux contes parus en feuilletons dans les journaux. Là encore, un travail de repérage et d’analyse est à faire.
  3. Il faudrait aussi trouver les 240 cahiers des journaux intimes de 1900 à 1940…
  4. Répertorier et apprécier l’oeuvre musicale dont j’ai trop peu parlé aujourd’hui. Quelquespartitions sont inédites, d’autres sont éditées et consultables à la BNF de Richelieu au département « Arts et spectacles ». Il faut les faire revivre; une chanteuse lyrique qui viendra, je l’espère, prêter sa voix et son énergie au colloque en 2010, m’a proposé de s’atteler à cette tâche. Pourquoi ne pas faire un cd comme pour Marie Krysinska avec enregistrements de poèmes de la BN (inathèque)? (voir le site de Fanny Tran: fanny.tran.free.fr).
  5. En ce qui concerne l’oeuvre plastique (peinture et sculpture), des déplacements nombreux s’imposent: les sculptures sont éparpillées, en Normandie, en Mayenne et ailleurs; il faut les recenser, les photographier, expliquer leur histoire. Les peintures, souvent superbes, que j’ai pu voir sont aussi à recenser, photographier et apprécier. Certaines font penser à Romaine Brooks, d’autres à Mirò, la palette est large…

Voici quelques-unes des pistes pour pallier la défaillance des livres de l’auteur, les études encore fragmentaires sur elles et la disparition de nombreux inédits.

Que d’énergie pour combattre l’amnésie institutionnelle! Je suis convaincue que le jeu en vaut la chandelle et que de belles surprises sont à révéler…

 

1Communication au colloque de Clermont-Ferrand, « Le Vieillir féminin et l’écriture autobiographique » intitulée:« Lucie Delarue-Mardrus et Anna de Noailles ou l’impossible écriture du vieillissement », le jeudi 12 janvier 2006.

2 Notamment le 13 janvier 1938, par Fernand Lot pour le journal Marianne.

3 Paris-Soir, le 24 mars 1938, « Le premier et le dernier souvenir de Lucie Delarue-Mardrus » propos recueillis par Roger Giron.

4 23 juillet 1938, « Mes Mémoires », par Fernand Lot.

5 Le 13 janvier 1938.

6 Il faut tout de même attendre la page 186 puis la postface, page 329, pour le découvrir, lorsqu’elle annonce sa « nouvelle destinée qui commence à soixante-deux ans ». Elle a en effet quitté Honfleur en 1936, sa terre natale, pour la Mayenne. Curieusement, p. 186, elle se donne un an de plus.

7 Nous retrouvons la même assertion p. 206, lorsqu’elle déménage à Paris, quai Voltaire : « Rien ne me paraissait réel dans cette arrivée en plein inconnu, sensation que j’ai souvent éprouvée dans ma vie, où le songe a toujours tenu plus de place que la réalité ». La suite montre son absence de conscience temporelle : « Je me rendais compte cependant, qu’une de mes existences venait encore de se terminer. Dans ce pied-à-terre où j’allais maintenant respirer […] encore tout imprégnée d’enfance malgré mes quarante et un ans, j’acceptais mon nouveau sort avec un cœur anxieux mais ferme, comme une espèce de petit garçon courageux ».

8 C’est nous qui soulignons.

9 « En 1911, nous remontions le Nil » peut-on lire p. 177. Puis « 1912 ! 1913 ! » les années « enfiévrées » (p. 178 et bien sûr les années de guerre 1914, p. 188, 1915, p. 197, 1916 p. 211, 1917, p. 218, 1918, p. 227, 1919, p. 242… Elle suit en fait des cahiers qu’elle a écrits et qu’elle cite régulièrement (pp. 203, 204, 212, 216, 218, 237, 248, 264, 276, 324). Ce sont des journaux souvent datés qui lui permettent de reconstruire les jalons principaux de sa vie.

10 Voir notamment Ferveur et le célèbre alexandrin final du poème le plus connu de Lucie Delarue-Mardrus « L’odeur de mon pays » : « Et qui donc a jamais guéri de son enfance ?… » (p. 96). Egalement, « Une enfance le long des prés » dans le même recueil (p. 137), « L’enfance gardera le secret de ses songes » dans Occident, p. 247. Nous le lisons aussi dans Embellissez-vous (p. 202) : « Hélas ! qu’elle est brève, l’enfance féminine ! Ce n’est qu’un répit bien court avant la longue vie complexe et souffrante de la femme ».

11 Ce court essai parut chez l’éditeur Robert Allou. « Up to date » est un adjectif qui signifie moderne, très récent.

12 Cet ouvrage vient d’être réédité avec de belles illustrations par les Editions de la Lieutenance à Honfleur, en 2000.

13 Nous pouvons citer : L’ex-voto, L’enfant au coq, La petite fille comme ça, L’autre enfant, Fleurette, Chênevieil, Un cancre, François et la liberté, L’âme aux trois visages, Le pain blanc, Graine au vent, La perle magique

14 Ce roman parut chez Fasquelle en 1909.

15 Un article du Matin (du 28 février 1921) précise que « l’âme mystique des enfants n’a aucun secret pour Lucie Delarue-Mardrus ».

16 Toute l’édition, 24 novembre 1934.

17 Lucie Delarue-Mardrus, Grasset, 1994, p. 238.

18 Natalie Barney parle de Lucie Delarue-Mardrus dans Les aventures de l’esprit, Emile-Paul frères, 1929, p. 154.

19Minerva 8-9-35 de? BMD pochette verte.

20Pochette verte BMD.

21Article du 6 mai 1932 dans Le moniteur du Calvados: « Je ne suis pas féministe du tout! ».

22Dans l’avant-propos l’auteur raconte qu’Albert Mardrus, arrière petit neveu du Dr J.C. Mardrus l’a aidé à trouver les ouvrages, lui a montré de la documentation (photos et écrits inédits/elle) et lui a permis de consulter la correspondance à la bib. Jacques Doucet (correspondance intime avec NB).